Récit

Acte V : Encerclés

Les médias traditionnels dénombrent peu de gilets jaunes ce samedi. Ces chiffres sont à manipuler avec précaution. Nous étions d’après eux des centaines, j’ai pourtant dénombré des milliers de gilets jaunes faisant face aux forces de l’ordre.

Une des raisons probable de ce chiffre biaisé, est que les gilets jaunes sont maintenant mobiles (imitant les CRS) et donc difficiles à compter ou à identifier. En tout cas, ce fût un joyeux bordel.

-Tranquil-

11h : Réunion devant le palais de justice, nous étions une centaine, criant des slogans, et chantant, esprit bon enfant.

-Tract_

13H : Distribution de tracts, histoire d’expliquer à quelques passants ce que c’est que le Référendum d'initiative citoyenne, et comment agir en harcelant les élus locaux. (R.I.C)

-Rassemblement-

14h : De nombreux groupes arrivent de partout, la place commence à se remplir, les CRS/BACK/ASVP encerclent entièrement la place, on se sent un peu prisonniers, la tension monte, on veut bouger.

-On joue ?-

14h30 : Un mouvement de foule commence, c’est le jeu du chat et de la souris, on court, à droite, à gauche, les CRS tentent de suivre, on s’éparpille, finalement une percée est lancée place Antonin Poncet. Les flics débordés nous laissent passer. 7 motards déboulent habillés en père noël, brandissant un gilet jaune, on les encourage, ça commence bien.

-Séparation-

14h45 : Un mouvement vers l’Opéra est lancé, on remonte la rue quai Docteur Gailleton. Arrivé.e.s au pont de guillotière, des flics nous chargent. Les lacrymos, grenades et flashballs pleuvent, ce qui nous sépare de la moitié du cortège, qui bifurque sur le pont de Guillotière. Je commence à pleurer à cause des lacrymos, mon nez et ma gorge sont en feu, j’enfile mes lunettes de ski et mon masque anti-pollution pour ne pas trop souffrir si ça recommence.
Les deux groupes avancent en même temps, séparés par le Rhône.

-Courir-

15h : Nous nous retrouvons deux ponts plus loin, et sommes décidé.e.s à prendre d'assaut l'hôtel de ville. Les flics nous barrent le passage, les lacrymos recommencent à pleuvoir, pas grave on commence à courir et on s’engouffre dans les petites rues.

-Le Bordel-

15h10 : Les groupes sont séparés, des flics arrivent de toutes les rues, on tourne on court, on esquive. Ils nous tirent des lacrymos et des grenades de désencerclement à chaque intersection. On arrive devant l’Opéra, immense blocage de CRS. Le groupe bifurque à gauche pour contourner, les potes devant se font charger à l’intersection, nous n’avons pas le choix et devons faire marche arrière. Nous voilà à l’intersection rue de la République et rue Pizay, encerclé.e.s. Aucune issue possible.

-Attente-

15h30 : Nous ne savons pas trop quoi faire, on tourne en rond, on attend, on est une petite centaine à être resté.e.s bloqué.e.s. Derrière nous, les autres se sont rassemblé.e.s et commencent à faire des barricades. Un cordon de CRS nous sépare des autres manifestant.e.s. On se fume une clope en attendant, on chante un peu. Certain.e.s se mettent à genou les mains derrière la tête, scandant : “Mainte-la-joly, On oublie pas”.

-gazés-

15h50 : Finalement, on tente de rejoindre les autres doucement, on lève nos mains, et on avance tranquillement et sans geste brusque dans l’idée de demander aux CRS de nous laisser passer. Sans même attendre, un geste pacifique étant sûrement incompréhensible pour un policier, ils nous jettent une dizaine de bombes lacrymogènes en plus de 2 grenades de désencerclement. Alors je sais pas vous, mais nous étions encerclé.e.s par des CRS, il était donc impossible pour nous de nous disperser, nous voilà tous enfermé.e.s par des policiers qui nous gazent, sans nous laisser nous échapper. Incompréhension, nous pleurons tous, la gorge en feu, nos poumons nous font mal, certains vomissent. Nous crions aux policiers de nous laisser passer, que c’est inadmissible d’enfermer les gens et de les gazer de la sorte alors qu’ils ne représentent aucun danger. (Le slogan CRS SS était scandé). Ils nous demandent de reculer, nous pointant avec des fusils flash ball à hauteur de tête. Nous sommes stupéfait.e.s.

-Merci-

16h10 : Les CRS nous chargent pour qu’on sorte sur les côtés (il suffisait de demander bande de boloss).

-Résistance-

16h20: Nous redescendons vers Bellecour en suivant la rue du président Edouard Herriot. Des barricades sont formées, les policiers tirent leurs munitions de partout, bien que divers passant.e.s soient là pour faire les magasins. Les commerçants ferment boutique, certain.e.s client.e.s se planquent au fond des magasins. Certain.e.s même barricadent avec du carton leurs magasins de vêtements chics. Nous on forme les barricade pour empêcher les CRS de nous charger, et de nous matraquer la gueule.

-Retour à l'envoyeur-

16h30 : Nous voilà de nouveau place Bellecour, encerclé.e.s par des CRS. On chante, personne ne jette aucun projectile. Soudain, ils commencent à nous jeter des lacrymos et à charger. Manque de bol le vent a tourné, et les voilà dans un nuage de lacrymo. (C’est pas dommage)

-Bataille Place Bellecour-

16h30 / 18h : C’est l’anarchie, tout le monde court dans tous les sens, les tirs de flashball et de lacrymos sont ininterrompus. On se sépare on court, on essaye de toujours revenir au centre de la place, mais les flics sont têtu.e.s, et ils veulent utiliser leurs munitions. L’image la plus choquante c’est celle d’un mec en fauteuil roulant, qui ne manifestait même pas, il traverse la place, il était tout seul, et ils se sont même pas retenu.e.s de balancer des lacrymos. Le voilà au milieu des lacrymos, tentant d’en sortir. Les gilets jaunes courent pour l’aider, mais les policiers chargent donc on fait marche arrière. Finalement les policiers sont en groupes de 10 un peu partout, on ne comprends pas bien ce qu’il se passe, ou ce qu’ils essayent de faire, nous, on veut juste se poser fumer une clope jusqu’à 18h et sonner la fin de la manif. Personne n’allait rien casser, mais ils continuent à charger tout et n'importe qui. Alors on est là avec les copains/ines, on lève les mains, on essaye de pas trop se faire voir, mais ils nous chargent quand même, on ne comprend pas, on les regarde incrédules, mais qu’est-ce qu’ils nous veulent ? Ils nous crient de dégager, donc on commence à dégager au trot, et là un membre de la BAC court vers moi en criant “DEGAGE OU JE T’ECLATE”. Moi je suis la “Okey” en courant un peu plus vite mais il attends pas et essaye de me donner un coup de matraque, deux trois esquives j’ai eu du bol et je me barre. Mes potes c’est différent, ils ont pas couru assez vite, des nounours mes amis, ils feraient pas de mal à une mouche, mais ils se sont mangé plusieurs coups de matraque. Flo il boîte, un coup de matraque lui a niqué le genou, le deuxième a explosé son téléphone. Gio comprend pas, il est là en mode “mais pourquoi ?”.

BREF on finit par partir, on voit que, à un endroit les CRS laissent passer des gens, blancs et bien habillés, on essaye de faire pareil, mais non le CRS nous bloque et nous dit de passer ailleur. Mec pourquoi ? Ce.lle.u.x devant ils ont quoi de plus que nous ? “Cassez vous” nous répond-t-il. Donc flo lui dit, “Ouais c’est à la gueule quoi ?” Le flic répond que “oui”. Merci pour la protection copain, on reviendra pas.

Ce que je retiens de cette manif :

Si ils n’avaient gazé personne, il n’y aurait pas eu de barricades, on aurait marché peinards, rien n’aurait été cassé, on aurait juste chanté. Mais voilà, on finit la manif, et on déteste la police. Au début, les gens commencent pacifiques, ils vont parler à la police, à la fin ils les insultent et les traitent de tous les noms. Personne n’est insensible à l’injustice et à la brutalisation.

Moralité : ça donne envie de leur jeter des cailloux.

En tout cas, merci Macron d’engendrer tant de haine dans le pays, et aux forces de l’ordre de protéger si bien le peuple. Votre travail est difficile, votre manque de formation est compréhensible, mais cette répression est bien trop violente pour rester dans le silence !

Bisous